Au terme de deux ans de recherche, le projet CCAM-ERAS, financé par Horizon Europe, a présenté ses résultats finaux à Bruxelles le 9 juin 2026. Le consortium a étudié comment la mobilité connectée, coopérative et automatisée (CCAM) va transformer l’emploi dans le secteur des transports en Europe : quels emplois sont susceptibles de disparaître, quelles professions émergent et de quelles compétences en matière de mobilité automatisée les travailleurs et les institutions auront besoin. L’ SAAM, partenaire suisse du projet, a mené ses activités de formation en collaboration avec les autorités publiques suisses. Cet article résume les principales conclusions et leurs implications pour la Suisse.
Une étude de deux ans sur la mobilité automatisée et l'emploi
Le projet CCAM-ERAS rassemble 13 partenaires issus de neuf pays. Panteia (Pays-Bas) assure la coordination du projet, financé par la Commission européenne dans le cadre du programme « Horizon Europe ». Le Secrétariat d'État à l'éducation, à la recherche et à l'innovation (SERI) finance la participation suisse.
Les chercheurs ont combiné quatre axes de travail : la modélisation de l'emploi, la prospective des compétences, une évaluation d'impact socio-économique et des recommandations politiques. Ils ont fondé leur analyse sur un inventaire des tâches issues de six cas d'utilisation concrets, allant de la logistique portuaire et des terminaux aux transports partagés et publics.
Principales conclusions : certains emplois disparaissent, d'autres apparaissent
Selon ce projet, les pertes d'emplois les plus évidentes concerneront les chauffeurs routiers, les chauffeurs de taxi et les postes de maintenance manuelle, à mesure que les systèmes automatisés prendront en charge une part croissante des tâches de conduite.
Les chercheurs décrivent également une réorganisation plus large des tâches. Les conducteurs et les techniciens évoluent vers des fonctions de supervision, de diagnostic et d’assistance numérique. De nouveaux postes apparaissent pour planifier, exploiter, réguler et sécuriser les systèmes de mobilité automatisés.
Le projet conclut que le marché du travail européen, caractérisé par une forte tension, compensera dans une large mesure ces pertes grâce à la création de nouveaux postes. Selon les chercheurs, cela suppose toutefois que les travailleurs puissent être reconvertis suffisamment rapidement pour occuper ces postes et suivre le rythme des évolutions technologiques.
Douze métiers en plein essor dans quatre domaines
Le CCAM-ERAS a recensé douze métiers et les a regroupés en quatre domaines :
- Le fonctionnement quotidien de CCAM : chargés de clientèle, gestionnaires de flotte, spécialistes des opérations à distance, techniciens, conducteurs de sécurité
- Préparer le terrain pour le déploiement : planification des infrastructures et fonctions d'ingénierie
- Politiques et réglementation : responsables des politiques, souscripteurs d'assurance, développeurs d'interfaces d'applications
- Mise en place de la technologie sous-jacente : ingénieurs en systèmes audiovisuels, responsables de la conformité, spécialistes en cybersécurité
Dans le cadre de ce projet, un profil de poste est publié pour chaque fonction, détaillant les tâches et les compétences requises.
Les déficits de compétences sont déjà perceptibles
Le consortium signale que des déficits de compétences existent déjà et s'attend à ce qu'ils s'aggravent, car les systèmes d'éducation et de formation s'adaptent plus lentement que la technologie. Ce déficit touche particulièrement les travailleurs qui quittent des postes en déclin dans les domaines de la conduite et de la maintenance. Ceux-ci auront besoin de parcours professionnels clairs vers les nouveaux métiers.
Le CCAM-ERAS recommande aux employeurs, aux pouvoirs publics et aux organismes de formation d'utiliser dès à présent ces profils professionnels comme base pour définir des parcours de formation, en anticipant la demande. Les partenaires ont validé ces conclusions lors d'un atelier réunissant les parties prenantes et en mettant à la disposition de ces dernières des supports de formation initiaux, auxquels celles-ci ont réagi.
Les pouvoirs publics font partie intégrante de la transition
La question des compétences ne se limite pas aux opérateurs et aux fabricants. Les autorités chargées d’approuver et de superviser les services automatisés auront elles aussi besoin de nouvelles compétences. Martin Clarke (Panteia) a abordé ce sujet dans une interview réalisée dans le cadre du projet :
« Les autorités, les organismes de régulation, les inspecteurs et les collectivités locales ont besoin de nouvelles compétences pour pouvoir accompagner les nouveaux projets et garantir la sécurité de ces systèmes ainsi qu'en assurer la supervision. Il est également nécessaire de disposer de compétences en matière de surveillance continue, car il s'agit d'un environnement technologique en constante évolution. »
Ce que signifie le CCAM-ERAS pour la Suisse
En Suisse, cette question est liée à une date précise. L'ordonnance sur la conduite automatisée est en vigueur depuis le 1er mars 2025. À partir de mars 2028, il appartiendra aux cantons d'autoriser la circulation des véhicules sans conducteur sur leur territoire. Le rapport du séminaire CCAM-ERAS prévoit l'arrivée des premiers véhicules homologués vers 2027-2028.
Ce qu'ont rapporté les autorités suisses
Dans le cadre du lot de travail consacré à la formation (WP5) du projet, l’ SAAM a organisé un séminaire à Berne le 25 juin 2026. Cet événement a réuni 23 représentants des autorités cantonales, communales et fédérales issues des régions germanophones, francophones et italophones. Le programme comprenait cinq modules : les cas d’utilisation suisses et les technologies qui les sous-tendent, le cadre réglementaire, la sécurité d’exploitation, les modèles économiques et l’acceptation par le public.
Le rapport du séminaire rend compte de l'évaluation faite par les participants eux-mêmes. La plupart d'entre eux ont déclaré ne pas être encore prêts à traiter une véritable demande d'autorisation. Les raisons qu'ils ont invoquées étaient similaires dans toutes les régions linguistiques :
- aucune procédure d'autorisation en place
- des bases juridiques peu claires au niveau cantonal
- des responsabilités internes mal définies
- expertise interne limitée
- aucune expérience pratique sur des cas concrets
Les compétences auxquelles les participants ont attribué les notes les plus basses concernent toutes la tâche d’autorisation proprement dite. Il s’agit notamment d’évaluer les mesures de sécurité et la protection des données mises en place par un opérateur, de définir des exigences en matière de données, de rapports et de responsabilité, ainsi que de prendre ou de recommander une décision concernant une demande structurée. Les participants ont également demandé que soient mis en place des modèles de coordination intercantonale, en particulier pour les petits cantons disposant de capacités limitées.
Quelle sera la prochaine étape pour « SAAM » ?
SAAM développera son offre destinée aux collectivités publiques, aux villes et aux cantons.
L'objectif est que les personnes chargées de traiter les demandes d'autorisation aient accès à des informations actualisées et pertinentes, et puissent s'acquitter de cette tâche en disposant des connaissances nécessaires. Les thèmes soulevés par les participants au séminaire orienteront ces travaux : le processus d'autorisation en détail, la coordination intercantonale et les aspects techniques concrets.
Les administrations cantonales et communales qui souhaitent participer peuvent contacter l'SAAM , à l'adresse info@saam.swiss.
Où trouver les résultats ?
Les conclusions complètes du projet CCAM-ERAS, notamment la modélisation de l'emploi, les perspectives en matière de compétences, l'évaluation de l'impact socio-économique et les recommandations politiques, sont disponibles sur ccam-eras.org. Le rapport du séminaire suisse est publié sur le site web du projet.
Pour le cadre juridique suisse, consultez notre page « Guides et réglementations ». La feuille de route «SAAM » 2026-2040 définit les étapes et les domaines d'action en matière de mobilité automatisée en Suisse.
Le projet CCAM-ERAS est financé par l’Union européenne dans le cadre du programme « Horizon Europe ». La participation suisse est financée par le Secrétariat d’État à l’éducation, à la recherche et à l’innovation (SERI). Les points de vue et opinions exprimés n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne ou de l’Agence exécutive européenne pour le climat, les infrastructures et l’environnement (CINEA). Ni l’Union européenne ni l’autorité de financement ne peuvent en être tenues pour responsables.


